L’intelligence collective ne naît pas du consensus. Elle naît du frottement, de la divergence des savoirs, des désaccords qu’on accepte de tenir assez longtemps pour qu’ils révèlent quelque chose de nouveau. Belle piste pour innover, non?
Les meilleures idées n’émergent pas quand tout le monde est d’accord. Elles émergent quand des perspectives différentes se rencontrent dans un espace qui leur permet de se transformer mutuellement.
Et pourtant, on évite les désaccords. On lisse, on aligne, on valide. On confond l’harmonie avec la cohérence.
Quelle est la dernière fois que ton équipe s’est vraiment arrêtée pour réfléchir ensemble, sans ordre du jour, sans livrable attendu, en laissant les idées se frotter jusqu’à ce que quelque chose de nouveau apparaisse?
Le pouvoir et le contrôle
En 1949, George Orwell décrivait dans 1984 un monde où le contrôle n’avait pas besoin d’être brutal pour être total. Il suffisait d’isoler les individus. De les convaincre que leurs problèmes leur appartenaient en propre, que leurs doutes étaient une affaire privée, que l’espace entre eux et les autres était trop grand pour être traversé. Le totalitarisme, écrivait-il en filigrane, n’a pas besoin de chaînes. Il a besoin de gens qui ont cessé de rêver ensemble, de discuter, de croire qu’il est possible de construire le monde autrement.
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On n’est pas dans un roman dystopique et quelque chose résonne. Une figure qui prospère dans une culture qui valorise l’autonomie individuelle au point de rendre la dépendance mutuelle suspecte. En entreprise, on appelle ça de l’efficacité, de la performance. Et pendant ce temps, les gens ne se parlent plus vraiment.
Ce qui fait le jeu du statu quo, ce n’est pas la mauvaise volonté, c’est l’absence de cadre libre pour penser autrement (je vous l’avais dit dans ma dernière publication que j’adorais cet oxymore | deux mots aux sens contradictoires). Quand les espaces de dialogue réel disparaissent, quand les rencontres (je choisis ce mot pour retrouver la noblesse des réunion) se limitent aux mises à jour de projet et à la transmission d’information, la pensée collective s’atrophie. Les gens désirent encore contribuer, cela dit, il manque de cadre pour laisser l’intelligence jouer. Einstein apellait ça, la créativité.
Rêver de reconstruire les choses autrement, ça se fait rarement seul. Ça se fait dans la friction, dans la sérenpidité (espace d’heureux hasard), dans ces moments où une idée en percute une autre et fait apparaître quelque chose qu’aucune des deux n’aurait produit seule. Ces moments-là se créent, intentionnellement, dans des espaces conçus pour ça. Surtout, les heureux hasards sont possible quand notre esprit est alerte, à l’écoute, en pleine conscience…
Le pouvoir de changer cette dynamique commence par un choix. L’option est de se connecter aux autres et de créer des espaces où la pensée collective peut exister et se transformer. Les cadres collaboratifs sont une nécessité (et pas un luxe) pour ceux et celles qui veulent que leurs équipes restent capables de construire ensemble face à ce qui s’en vient.
C’est ce dont je rêve depuis deux ans et que je mets en place pour cet automne. Des espaces de résistance douce et créative, là où les équipes et les leaders peuvent se retrouver pour penser, questionner et co-construire.
Quel cadre libre crées-tu pour réfléchir autrement? Partage en commentaire, ou écris-moi en privé si tu veux explorer les coLabs?
Ce texte a d’abord paru dans mon infolettre LinkedIn B6douze | cadres collaboratifs.