inspiration · Réflexion stratégique
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21 juillet 2026
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3 min de lecture

La vanité du savoir sans sens

Le géographe du Petit Prince penché sur son grand livre, sur sa planète

Dans Le Petit Prince, de Saint-Exupéry (vous ne l’avez jamais lu, Go! Ça se lit en un soir d’été sur la terrasse. C’est mon ouvrage spirituel.), nous offre un personnage qui devrait nous déranger bien plus qu’il ne le fait. Le géographe est assis à son bureau, entouré de ses livres épais, convaincu de son importance.

Le géographe (chapitre XV) fait penser à bien des entrepreneurs·res et des directeurs·trices. Il sait tout de sa planète, sauf à quoi elle ressemble vraiment. Il ne flâne jamais, alors il explore encore moins. Il est trop occupé pour ça. Quand le Petit Prince lui parle de sa fleur, le géographe balaie la question d’un revers: les fleurs sont «éphémères», donc sans intérêt pour la science. Il exige des preuves tangibles, des cailloux, du vérifiable, du mesurable. Tout ce qui échappe à la preuve échappe à SA réalité.(Si vous aimez ce dernier paragraphe et qu’il ferait du bien à quelqu’un, partagez-lui dont cet article.)

On solutionne beaucoup. Et si… on résolvait?

Il y a une nuance entre solutionner et résoudre, et elle mérite qu’on s’y attarde vraiment.

Solutionner, c’est combler le trou le plus vite possible. C’est trouver une réponse avant même d’avoir bien posé la question. Solutionner, c’est l’action comme réflexe, le mouvement comme preuve d’existence. C’est solutionner, trouver une solution.

Résoudre, c’est autre chose. C’est accepter de se casser la tête et de rester dans le problème assez longtemps pour le comprendre vraiment, pour voir ce qu’il révèle, pour laisser émerger une réponse qui tient dans le temps. Résoudre, c’est créer un espace (temps, feuille, tableau) pour déposer les éléments qui composent une question, pour créer une raisonnement et la véracité des fondements de cette question (conscience), créer une preuve de concept (cohérence) et peut-être même innover.

Le monde des affaires a développé un talent remarquable pour solutionner. On optimise, on itère (en se croyant agile), on déploie. Et on recommence, parce que le fond n’a pas bougé.

L’intelligence et la pensée réflective

Je crois que le laxisme intellectuel n’est pas une question de paresse. C’est souvent une question de rythme. Quand tout va vite, la pensée suit. C’est aussi une question de croyance; on recoit quotidiennement tellement d’info que l’on croit savoir. Ces dernières années, nos dynamiques rasent les surfaces plutôt que de plonger. La pensée unique s’installe là où la pensée libre n’a plus d’espace, alors qu’en est-il de l’intelligence collective. La conformité progresse là où les conversations qui dérangent ont été tues ou simplement n’ont jamais eu lieu, faute de cadre pour les accueillir. Faute de cadre pour les accueillir, c’est ce que je désire créer dès maintenant, encore plus de cadres pour les accueillir.

Créer un laboratoire pour retrouver la capacité de s’arrêter et de réfléchir vraiment est devenu un acte presque contre-culturel.

C’est précisément cette capacité qui distingue les organisations qui innovent de celles qui s’adaptent en retard. L’intelligence collective, elle, exige cet arrêt. Elle n’émerge pas dans les rencontres (et pas des réunions) de 30 minutes avec ordre du jour prescrit qui déverse un flow d’informations auxquelles on doit consentir sans compréhension. L’intelligence collective naît dans les conversations qui dérangent, celles qu’on n’avait pas planifiées et qu’on n’oublie pas, celles où on repart avec quelque chose de différent dans la tête.

Discuter n’est pas une perte de temps. C’est le moment où les idées se frottent, où les certitudes ramollissent, où quelque chose de nouveau peut apparaître. Ces conversations-là construisent la cohérence, la confiance, et la capacité collective à faire face à ce qui vient. La vraie résilience créative, celle qui ne mène pas à l’épuisement, se nourrit exactement de ça. Les discussions, ça se planifie aussi, ça s’anime et ça vit dans un cadre libre (quel oxymore pertinent).

Des coLabs, un laboratoire pour réfléchir autrement

C’est dans cet esprit que je rêve avec B6douze de lancer des coLabs, depuis deux ans. Ça va se faire cet automne.

Des cadres collaboratifs conçus pour que les leaders retrouvent la capacité de réfléchir ensemble, en profondeur, avec du sens. (Je rêve dans créer à travers les équipes en entreprise pour plus de transversalité.) L’idée n’est pas de produire des livrables supplémentaires, et plutôt, renouer avec quelque chose de plus fondamental: la pensée libre, l’intelligence collective, les moment réflectif, et les mettre au service de ce qui compte vraiment.

Quelle est la dernière conversation vraiment dérangeante que ton équipe a eue? Comment as-tu animé le dialogue? Qu’est-ce qui a bougé? Selon ta volonté? Malgré toi? Partage en commentaire, ou écris-moi en privé si tu veux explorer les coLabs?

Ce texte a d’abord paru dans mon infolettre LinkedIn B6douze | cadres collaboratifs.

références et sources
Roxanne Tétreault, coach et facilitatrice chez B6douze, en veston turquoise
Roxanne Tétreault

Facilitatrice et coach en cohérence stratégique. Elle accompagne les équipes qui veulent réfléchir tout haut, ensemble.

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